Restauration du patrimoine par Mirta Dubischar

L’Artiste

BIOGRAPHIE

« Peindre n’est pas seulement observer le monde,
c’est y imprimer une vision, braver la matière
et lui insuffler une présence libre et singulière. »

— Mirta Dubischar

I. Origines & Formation

Une œuvre humaniste aux racines européennes

Mirta Dubischar dans son atelier à Buenos-Aires
Mirta Dubischar dans son atelier à Buenos Aires.

Née à Buenos Aires en 1944, Mirta Dubischar est une artiste plasticienne dont l’œuvre s’étend depuis plus de soixante ans. Peinture, fresque monumentale, gravure, lithographie, dessin, sculpture, restauration du patrimoine et écriture constituent les différentes expressions d’une démarche artistique profondément humaniste, où l’histoire, la mémoire, la spiritualité et la mythologie dialoguent sans cesse.

Son histoire s’enracine dans une double culture européenne. D’origine sicilienne, sa mère lui transmet la force de caractère pour forger son chemin d’artiste. Son père, né à Vienne, appartient à une famille autrichienne intimement liée au château impérial de Schönbrunn. Son grand-père, préparateur en pharmacie nommé par l’empereur François-Joseph, y résidait avec son épouse. Ce riche héritage viennois, imprégné de culture, de sciences et d’histoire, nourrit très tôt la curiosité intellectuelle de la jeune Mirta et contribue à façonner son regard sur le monde.

Dès l’adolescence, elle manifeste un goût prononcé pour le dessin, la musique et les arts. Après son baccalauréat, elle entre à l’Institut Beato Angélico puis à l’École des Beaux-Arts Prilidiano Pueyrredón de Buenos Aires où elle prépare un professorat en Arts Plastiques. Elle poursuit en même temps sa formation musicale au conservatoire où elle étudie le piano auprès de la concertiste Rosa Koppmann. Cette double formation, plastique et musicale, marque durablement son approche de la création, fondée sur le rythme, la composition et l’harmonie.

II. Parcours & Ancrage européen

De l’Argentine à la France… et la Grèce

Entre 1963 et 1968, elle expose régulièrement en Argentine et reçoit plusieurs distinctions. Parallèlement, elle anime l’émission hebdomadaire Aquí los jóvenes artistas, diffusée sur Radio LS1 depuis le prestigieux Teatro Colón de Buenos Aires. À travers ses entretiens avec de jeunes créateurs, elle participe activement à la vie culturelle argentine de cette période.

Après plusieurs voyages dans le nord-ouest de l’Argentine, Mirta Dubischar choisit de rejoindre l’Europe afin de renouer avec ses racines culturelles.
Son parcours la conduit successivement à Barcelone et en Principauté d’Andorre, où elle découvre l’art roman catalan, s’initie à la lithographie et à la polychromie de meubles catalans. Après un passage en Corse, elle s’établit définitivement à Paris en 1973.

En 1975, elle complète sa formation à à l’École des hautes études du Musée de l’Homme en suivant les enseignements d’archéologie et d’ethnographie du professeur Jacques Soustelle. Elle prépare une thèse sur les parures aztèques, les rangs et statuts politiques et motifs religieux des civilisations précolombiennes. Cette approche scientifique enrichit profondément son langage artistique et nourrit un intérêt croissant pour les grandes compositions monumentales, les traditions iconographiques et les patrimoines architecturaux.

Mirta Dubischar

III. Grands Décors & Restauration

Château de Codignat, Val-de-Grâce et Château de Lavaure

À partir du milieu des années 1970, Mirta Dubischar entreprend au château médiéval de Codignat à Bort-l’Étang, (Puy de Dôme), un vaste ensemble de fresques inspirées de l’imaginaire du Moyen Âge. Pendant près d’un quart de siècle, elle y développe un univers personnel où l’histoire, la légende et la poésie dialoguent en permanence avec l’architecture des lieux.

Son expertise dans le domaine de la restauration la conduit également à intervenir sur plusieurs ensembles patrimoniaux majeurs. En 1983, elle restaure les tableaux de la nef et de l’autel de l’église du Val-de-Grâce à Paris. En 1988, elle reçoit le Premier Prix du Salon de Dessin de Deauville.

Décor monumental réalisé par Mirta Dubischar dans la chapelle du Château de Lavaure

Durant les années 1990, elle ouvre l’atelier-galerie La Fontaine, à Menton, sous les escaliers du parvis de la basilique Saint-Michel-Archange. Elle y réalise une importante série de peintures inspirées des paysages méditerranéens.

L’une des réalisations majeures de sa carrière voit le jour au Château de Lavaure à Neschers (Puy de Dôme), où elle intervient entre 2000 et 2008, puis à nouveau en 2019. Dans la chapelle, elle crée un ensemble monumental consacré à la Vierge Marie : cinq immenses panneaux peints réunissant plus d’une centaine de personnages, un plafond monumental intitulé Ode à la Vie, dix archanges peints sur les voûtes ainsi que la Cène du pied de l’autel en demi-relief, grandeur nature, polychrome et dorée à la feuille d’or.

Au-delà de la chapelle, elle réalise également de nombreuses fresques dans les salons et les galeries du château, restaure des cheminées et des boiseries anciennes et conçoit le décor d’un vaste plafond à la française, riche en polychromie et reliefs dorés, des paysages et les initiales du propriétaire : AR pour Antoine Riga.

IV. Grèce, Édition & Continuité

Parga, écrits et transmission

Mirta Dubischar à Parga

La Grèce occupe une place essentielle dans le parcours de Mirta Dubischar. Depuis plus de quarante ans, elle séjourne régulièrement à Parga, dont les paysages, la lumière et les mythes nourrissent une partie importante de son œuvre. Entre 2016 et 2020, elle y présente cinq expositions personnelles dans la Forteresse vénitienne qui surplombe le port et participe à la création du collectif Franco-Grec Paris–Parga Contemporary Art.

Parallèlement à son activité de peintre, elle poursuit une recherche permanente autour des techniques mixtes et des patines de son invention. Pendant la pandémie, elle écrit et illustre Odes ioniennes, publié en 2024, puis le conte Aldin de Codhonac.

Synthèse du parcours

Un héritage artistique et patrimonial

Aujourd’hui, l’œuvre de Mirta Dubischar se distingue par son ampleur, sa diversité et sa remarquable cohérence. Des grandes compositions murales aux œuvres de chevalet, de la restauration du patrimoine à l’écriture, son parcours témoigne d’une fidélité constante à une même exigence : créer des œuvres destinées à traverser le temps, dialoguer avec les lieux qui les accueillent et transmettre une mémoire profondément vivante.

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